Yannick Kerlogot
Député des Côtes-d'Armor (4ème circonscription) Kannad pevare pastell-vro Aodoù-an-Arvor
Yannick Kerlogot
Député des Côtes-d'Armor (4ème circonscription)
Kannad pevare pastell-vro Aodoù-an-Arvor

"Arthur ou le bonheur de vivre" - Françoise Giroud

03 Jan 2022 Yannick Kerlogot

La trêve dite des confiseurs est propice au repos et à la lecture... Cette pause m'a permis de découvrir le livre "Arthur ou le bonheur de vivre", ensemble de réflexions personnelles que Françoise Giroud, ancienne journaliste, ministre et Résistante, livre au lecteur en 1997, à l'âge de 81 ans. Je ne peux m'empêcher de partager les trois dernières pages d'un récit autobiographique d'une battante ayant traversé un siècle d'hommes, de guerres : celui du 20ème siècle... Sa conclusion, écrite il y a 24 ans, sur la fin d'une époque et à l'aube d'un siècle nouveau est à la fois visionnaire et nous invite à sortir de notre torpeur consumériste et individualiste. Alors qu'en ma qualité de parlementaire, je viens de faire l'objet d'une quatrième menace de mort, toujours plus abjecte et violente, j'en appelle à la vigilance de toutes celles et tous ceux qui considèrent notre démocratie, forte de ses valeurs républicaines, comme définitivement acquise...

"Voilà que, depuis 20 ans, nous avons en France, tourné le dos à l'espérance et nous l'avons remplacée par la peur. Peur de perdre son emploi, peur de perdre sa couverture sociale, peur des immigrés, peur de Le Pen, peur de Maastricht, peur de la mondialisation de l'économie, peur pour les enfants qui ne connaîtront plus l'ascenseur social, et tout cela finit par tourner à la peur de vivre…

A croire que 50 années d'une sécurité extérieure et intérieure nous ont enlevé toutes nos griffes, toutes nos dents… Que nous ne savons plus que dénigrer l'avenir et mijoter mélancoliquement dans ce passé qui nous file entre les doigts.

Qu'il y ait de quoi être mélancolique, c'est évident. Une certaine France est en train de disparaître, et surtout, cela va trop vite. Changer, c'est le mouvement même de la vie ; mais quand le rythme du changement dépasse la cadence naturelle des êtres humains, cela fait mal. Nous y sommes, et nous avons mal.

Mais cela peut être exaltant aussi, le changement, quand il est bien conduit !

Il ne s'agit pas de lancer des exhortations dérisoires à l'optimisme, mais de prendre conscience qu'il n'y a pas de plus grand danger qu'une certaine démission généralisée devant la dureté des temps. C'est ainsi qu'une nation flappie finit par se coucher devant un démagogue.

C'est l'une des rares choses dont j'ai toujours eu peur. Peur du fascisme. Peur du moment où il n'y aura plus en France assez de gens qui sauront, parce qu'ils en auront été les contemporains, ce qu'est vraiment le fascisme. Alors la petite bourgeoisie risque de basculer… C’a toujours été ainsi. Trop de chômage, trop de traites impayées, la fabrication massive de diplômés aigris parce qu'ils ne trouvent pas d'emploi, le luxe d'un tout petit nombre qui devient provoquant, des chefs politiques qui paraissent incapables de maîtriser la situation, voire aussi corrompus, qu’impuissants, la recette, hélas, est connue. Elle n'a que trop bien fonctionné en Allemagne, en Italie… Pourquoi la greffe ne prendrait elle pas en France ? Parce qu'elle n'a pas pris dans le passé ? ¨

L'écrivain italien Vittorini prétend que la liberté des Français à l'égard de la sexualité les protège du virus fasciste. C'est là une thèse intéressante. On peut l'élargir au don de jouir de la vie, qui est en effet un trait spécifiquement français. Mais enfin, on voudrait en être sûr…

A cela près, qui n'est pas mince, assurément, les conditions sont réunies, en France, pour faire le lit d'un populisme autoritaire où il y aura bientôt de moins en moins de populisme et de plus en plus d'autorité.

Qui lui fera barrage ? Pas les anciens combattants. Un ancien combattant, c'est quelqu'un qui a tué le dragon et qui croit que, pour l'empêcher de renaître, il faut se souvenir, cultiver l'hommage aux morts, entretenir la flamme du sacrifice, interdire l'oubli aux plus jeunes, etc… Fort bien. Mais, pendant qu'ils défilent devant la dépouille du dragon, celui-ci a déjà pris une autre forme, il est déjà, petit, dans une autre peau. Et c'est là qu'il faut le traquer.

Les survivants nazis ne m'intéressent pas. Ils ne m'intéressent plus. Puisque aucun d'eux n'est capable d'expliquer comment, au 20e siècle, qu’au coeur de l'Europe des Lumières , un pays chrétien de haute civilisation a basculé entier dans la barbarie. Un allemand nazi plus un allemand nazi plus un allemand nazi, cela fait l'Allemagne national-socialiste, entièrement consentante, enivrée par cette forme supérieure du fascisme qu’a été l’hitlérisme, à commencer par la classe ouvrière, cette classe ouvrière allemande qui passait pour être l'une des plus évoluées.

Après cela, on ne se pose plus que des questions sans réponse.

Aussi bien n’est-ce pas un nouvel Hitler que je redoute pour la France, ni lé résurgence d’un fascisme à l’allemande. Mais, plus modestement, si je puis dire, une forme moderne du Mal, insinuante, sournoise, peu à peu envahissante, qui saurait récupérer toutes nos peurs, toutes nos frilosités, toutes nos nostalgies, et qui serait une caricature de ce que fut le fascisme italien, par exemple. Les prémices en apparaissent çà et là, qu'on aurait tort de croire anecdotiques. L'infiltration populiste a déjà commencé. Il faut être aveugle ou bien insouciant pour ne pas le voir.

Quand je m’attriste de vieillir, je me dis qu’au moins que je ne verrai plus cela triompher. D'autres fois, je me reproche de nourrir des fantasmes. La France fasciste ? Allons donc !" Francoise Giroud - 1997


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